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Birmanie : Aung San Suu Kyi à nouveau prisonnière

Dans la liquidation des Rohingyas, elle est l'otage de l'armée et de la population. Analyse Philippe Paquet

En butte à de virulentes critiques un peu partout dans le monde, Aung San Suu Kyi a renoncé à se rendre la semaine prochaine à New York pour l'Assemblée générale annuelle des Nations unies. Ministre des Affaires étrangères et chef de facto du gouvernement birman, l'ex-opposante historique à la junte prévoit de s'adresser plutôt à la nation, le 19 septembre, pour prôner, selon un porte-parole, "la réconciliation et la paix" dans l'ouest du pays. La minorité rohingya y fait l'objet, asssure l'Onu, d'un nettoyage ethnique en règle.

Chaque nouvelle journée livre son lot de témoignages, plus horribles les uns que les autres, sur le calvaire des Rohingyas, fuyant leurs villages de l'Etat Rakhine (ou Arakan) en Birmanie pour le Bangladesh voisin. L'Onu estime que 379 000 personnes ont passé la frontière depuis le 25 août, dont près des deux tiers sont des enfants, parfois orphelins, parfois blessés par balles. Ces réfugiés doivent vivre dans un total dénuement, mais leur sort est enviable comparé à celui que connaissent les Rohingyas qui n'ont pas pu fuir. Les survivants décrivent les raids de l'armée birmane, les villages incendiés, les femmes et les filles violées, puis mutilées, les hommes de tous âges systématiquement abattus.

Solution finale dans l'Arakan ?

L'armée prétend réagir à des attaques menées contre des postes de police par les militants d'un nouveau mouvement de résistance, l'Armée du salut rohingya de l'Arakan (ARSA). La répression menée contre cette minorité musulmane ne date pourtant pas d'hier. En 1978, puis en 1991-1992, pour s'en tenir à l'époque récente, la junte au pouvoir à Rangoon avait déjà lancé des campagnes de terreur qui avaient jeté sur les routes de l'exil un demi-million de Rohingyas. Les opérations en cours ont atteint un degré de brutalité inégalé qui fait dire à certains que le régime est désormais déterminé à chasser les Rohingyas de Birmanie et à exterminer ceux qui s'évertuent à rester.

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